Mercredi , 20 mars 2019

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LES DEUX CAMARADES – Ogoula du Littoral et Ogoula d’Abunje

Dans le royaume des Aganos existaient deux importantes cités appartenant respectivement aux Remburw’Akinda du Littoral et à celui d’Abunje – intérieur, arrière-pays -. Ces deux éminents chefs étaient polygames et possédaient de nombreux enfants qui répondaient presque tous aux mêmes noms patronymiques dans chacun des deux villages. Leurs principales épouses s’appelaient aussi NGWEKONDE et NGWELEGE.

Il advint qu’un jour, Ogoula d’Abunje quitta sa ville natale pour une promenade à la plaine voisine. Instinctivement aussi Ogoula du Littoral partit de chez lui pour la même destination. Après quelques temps de marche, les deux Ogoula se rencontrèrent et s’échangèrent les salutations d’usage.

-        Bonjour, mon vieux, comment vas-tu ?

-        Bonjour, cher ami, ça va très bien.

Et la conversation s’engagea incontinent. Ils n’ont pas tardé à se déclarer unis par l’amitié. Cinq jours durant, les deux Ogoula avaient fixé leur point de rencontre dans cette plaine. Au cinquième jour, Ogoula du Littoral demanda à son interlocuteur d’Abunje qui est-ce qui prouvera à l’humanité que nous sommes vraiment des amis ?

-        Je n’en sais rien, répondit Ogoula d’Abunje.

-        Donc nous jouerons à la mort, continua Ogoula du Littoral !…

Le sixième jour, les Ogoula demeurèrent respectivement chacun dans son village. Une semaine après la dernière rencontre, un messager vint annoncer à Ogoula du Littoral que son homonyme de l’arrière-pays était gravement malade. Sans plus perdre une minute, Ogoula du Littoral se rendit au chevet de son camarade Ogoula d’Abunje. À son arrivée, Ogoula du Littoral trouva son camarade mort. Il fit préparer une magnifique bière pour le dernier repos de son alter ego. Et durant la veillée mortuaire, par intermittence, Ogoula du Littoral, demandait à l’assemblée d’évacuer la salle qu’il fermait. Ceci fait, il baignait son homonyme, le ranimait et après quoi, il le remettait dans son cercueil et rappelait les pleureuses et pleureurs.

Au lever du jour, Ogoula déclara à l’assistance qu’il s’occupait seul d’enterrer son camarade et qu’il refusait la présence de toute autre personne.

Chose dite, chose faite. Ogoula prit alors le corps de son ami et tout seul il partit à l’enterrement Ogoula d’Abunje. Chemin faisant, Ogoula du Littoral posa la bière du présumé mort, l’ouvrit, prit son ami par la main, l’embrassa et enterra le cercueil vide.

Zinganii nkogo !… – Yeno !

Les deux Ogoula revinrent tout heureux au village Abunje où l’on y fit de grandes réjouissances en l’honneur de cette résurrection magique!

Les jours se passèrent, les semaines se suivirent, les mois se succédèrent, l’année s’accomplit et enfin Ogoula du Littoral rejoignit sa Cité.

Quelques temps après son retour à Olandô-Ntvuwa, Ogoula manda a son tour un messager prévenir son homonyme d’Abunje qu’il était très malade. Celui-ci sans se soucier de la véritable amitié dont fit preuve Ogoula du Littoral à son égard, resta encore deux jours chez lui avant de décider son départ pour assister son ami. Arrivé à Olandô-Ntvuwa, Ogoula d’Abunje trouva la dépouille mortelle d’Ogoula du Littoral qui venait

à peine de rendre son âme!… L’homme rustique qu’était Ogoula d’Abunje fabriqua immédiatement un cercueil à son genre et y mit son homonyme qu’il cloua sans autres formes de procès. Ce deuxième Ogoula demeura enfermé durant toute la journée et la nuit entière.

Le jour vint, il proclama à l’assistance comme le fit son ami, de s’occuper tout seul de l’enterrement de son homonyme. Il prit sa pelle et le cercueil qu’il emporta « pindi-pindi, longa-longa » et enterra Ogoula du Littoral puis s’en retourna tranquillement au village d’Olandô-Ntyuwa en deuil…

Dès le retour du fossoyeur Ogoula d’Abunje, NGIEDI parvint sur le lieu et s’interrogea sur la présence de cette tombe toute fraîche. Pour satisfaire sa curiosité, Ngièdi déterra la fosse dans laquelle il trouva Ogoula du Littoral gisant, en pâmoison dans un cercueil rustique. Il le prit, le plongea dans un ruisseau qui se trouvait à proximité, lui donna à boire et le fit manger du miel jusqu’à ce qu’Ogoula ait repris un peu de force.

Ngièdi était un pygmée chasseur. Il emmena avec lui Ogoula. Après un séjour d’environ un an chez les Pygmées, Ngièdi se décida à ramener Ogoula dans son village auprès de son père et sa mère.

Au chemin du retour, Ogoula du Littoral et Ngièdi rencontrèrent dans les plantations, la mère d’Ogoula et sa femme. Ils se joignirent à elles et arrivèrent à Olandô-Ntvuwa sa ville natale où des réjouissances éclatèrent.

Ogoula d’Abunje s’y trouvait encore là en toute quiétude.

Le soir même de l’arrivée de son fils, le Roi Remburw’Akinda fit publier dans toute l’agglomération par l’

OKAMBI que :

Personne dans le village, hommes, femmes et enfants ne devraient s’absenter demain

Le jour vint, les villageois s’assemblèrent chez le Roi qui invita son fils à faire le compte rendu de son odyssée au public. Ce qui fut fait. L’assemblée désapprouva la manière d’agir d’ Ogoula d’Abunje. Elle le condamna à mort sous l’épée du coupeur de tête « Ontyind-ntyinda ». Ainsi mourut Ogoula d’Abunje dont la cadavre fut la proie des requins. Et, Ogoula du Littoral rejoignit enfin les siens et, en reconnaissance, il invita Ngièdi, son bienfaiteur à habiter avec lui à Olandô-Ntvuwa. Et c’est depuis cette époque que les Pygmées ont habité un même village que les autres humains.

Conte recueilli par M. Guillaume MONGARINA.

Traduction de M. Paul-Vincent POUNAH.

Extrait – Paul-Vincent POUNAH – La recherche du Gabon traditionnel : hier Edongo, aujourd’hui Galwa.

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